16.08.2009
ON ASSISTE A UNE PANDEMIE DE L'INDECENCE
Pour Marc Gentilini, on assiste à une "pandémie de l'indécence"
Article publié le 06 Août 2009
Source : LE MONDE.FR - Propos recueillis Jonathan Parienté
Extrait :
Le professeur Marc Gentilini, spécialiste des maladies infectieuses, est membre de l'Académie de médecine et l'ancien président de la Croix-Rouge.
Comment jugez-vous la gestion de la grippe A ?
Le poids qu'on attribue à la grippe A est indécent par rapport à l'ensemble de la situation sanitaire dans le monde. C'est une pandémie de l'indécence. Quand je regarde la situation de la planète, j'ai honte de voir tout ce qui est entrepris pour éviter cette grippe dont on ne sait que peu de chose. Chaque semaine dans le monde, près de 200 000 enfants meurent de maladies. La plupart auraient pu être sauvés s'ils avaient eu accès à des médicaments ou à des programmes de prévention.
Assez curieusement, cet article du 6 août et normalement disponible librement en ligne pendant 2 semaines n'est plus proposé qu'en extrait sur le site du Monde. Voici le texte complet.
POUR MARC GENTILINI, ON ASSISTE A UNE "PANDEMIE DE L'INDECENCE" LEMONDE.FR | 06.08.09 | 20h18 • Mis à jour le 06.08.09 | Le professeur Marc Gentilini, spécialiste des maladies infectieuses, est membre de l'Académie de médecine et ancien président de la Croix-Rouge. Comment jugez-vous la gestion de la grippe A ? Le poids qu'on attribue à la grippe A est indécent par rapport à l'ensemble de la situation sanitaire dans le monde. C'est une pandémie de l'indécence. Quand je regarde la situation de la planète, j'ai honte de voir tout ce qui est entrepris pour éviter cette grippe dont on ne sait que peu de chose. Chaque semaine dans le monde, près de 200 000 enfants meurent de maladies. La plupart auraient pu être sauvés s'ils avaient eu accès à des médicaments ou à des programmes de prévention. Chaque année, 1 million de personnes meurent du paludisme dans l'indifférence quasi générale, dont 20 à 30 cas importés dans notre pays. La grippe A n'a provoqué qu'un décès discutable en France. Cette pauvre fille de 14 ans est probablement morte d'une autre cause. Mais un mort ici compte beaucoup plus que des milliers ou des millions ailleurs. Les pouvoirs publics ont quand même le devoir de prévoir les risques sanitaires... Il ne s'agit pas de jeter la pierre aux décideurs politiques qui sont piégés par leur "principe de précaution". Le désastre de la canicule de 2003, politiquement, les hante. Les recommandations de porter un masque, de se laver les mains ou de nettoyer les poignées de porte ne coûtent pas cher. Tout cela a été bien fait par les pouvoirs publics et cette campagne ne coûte pas cher. Parler de "grippette" [terme évoqué par le professeur Bernard Debré dans un entretien au Journal du dimanche] n'est pas sage. Pour l'instant c'est une grippette, mais pour demain, les pouvoirs publics ont raison d'envisager une dégradation sans céder au terrorisme sanitaire de certains "experts". Que pensez-vous de la possible campagne de vaccination ? La décision d'acheter massivement des vaccins dont on ne sait rien, pour 1 milliard d'euros, ne me paraît pas raisonnable. C'est une mesure qui est dans la démesure. Un milliard d'euros, c'est trois fois plus que l'aide de la France aux pays en développement ! Que l'on décide de vacciner les populations à risque, les soignants, les pompiers et tous ceux qui doivent être mobilisés afin de rester disponibles au service de la collectivité, d'accord. Mais de là à vacciner tout le monde... On ne sait rien de l'efficacité de ce vaccin et de ses éventuels effets indésirables. La souche du virus est bénigne, mais si elle mute et devient maligne, le vaccin qui a été élaboré à partir de la source bénigne sera inefficace. L'industrie pharmaceutique a-t-elle exercé des pressions sur les autorités ? Je ne sais pas s'ils ont exercé une pression et si, le cas échéant, les autorités en ont été victimes. Je sais que c'est une très bonne affaire pour les producteurs de vaccins ! Ce sont des entreprises privées qui ont besoin de faire des bénéfices. Je l'accepte. Néanmoins, c'est vraiment trop onéreux, et il est évident que tout cela doit être renégocié. Par ailleurs, on n'a pas beaucoup songé à l'accès aux vaccins des pays du Sud. Or, en matière de pathologie infectieuse, nous sommes tous solidaires. La pandémie est pour tous ! Est-ce le principe de précaution qui est en cause dans cet affolement ? Le principe de précaution, en soi, est une bonne chose. Il faut évidemment faire le maximum pour éviter le pire. L'OMS donne l'impression de vouloir se racheter d'erreurs antérieures. Elle a commis un déni dramatique d'appréciation du sida qui a été, au début, sous-estimé, notamment en Afrique. Depuis, elle a peur de commettre la même erreur. A chaque nouvelle alerte, avec le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) ou la grippe aviaire par exemple, on nous a préparés au pire. Heureusement, ça a tourné court, mais à la longue, on risque de désarmer son attention. On nous a prédit le pire, mais l'opinion publique garde son calme. Elle enregistre, elle constate que la grippe A n'est pas très symptomatique et que les formes dites graves se comptent sur les doigts d'une main en France, même si on nous promet un automne douloureux. On a d'un côté surestimé des situations qui se sont révélées peu graves, alors que trop de situations explosives, comme le sida ou le paludisme, restent sous-estimées. Propos recueillis par Jonathan Parienté
15:45 Publié dans POLITIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
03.04.2009
CENSURE EN ILLE ET VILLAINE
La nouvelle tournée de conférences et de séminaires de Jean-Jacques CREVECŒUR, consacrée à la santé “autonome et responsable“, a bien mal commencé.
La projection du film consacré au Docteur HAMER « SEUL CONTRE TOUS » suivie d’une conférence a été dès le début interdite sur tout le territoire français.
Jean-Jacques CREVECŒUR a donc décidé d’annuler les soirées consacrées à la projection controversée du film « Seul contre tous » et de les remplacer par des conférences sur d’autres thèmes.
A Rennes, le thème choisi était « LES MALADIES ONT-ELLES UN SENS ? »
Malgré cette concession, Michel GAUTIER, Maire de BETTON sur ordre du cabinet du Premier Ministre François FILLON, et après avoir reçu des informations de l’ADFI*, a interdit au dernier moment la conférence, laquelle pourtant était programmée depuis plus d’un mois au cinéma indépendant « LE TRISKELL », à BETTON le mercredi 25 mars 2009.
• Jean Jacques CREVECOEUR, à lui tout seul, serait une secte !! • Nous avons eu la surprise d’apprendre que nous, petite association « Action Santé Libertés » serions également un mouvement sectaire.
Cette accusation calomnieuse pourrait faire rire ceux et celles qui connaissent nos objectifs, si en France, au « PAYS DES DROITS DE L'HOMME », la liberté d’expression, la liberté de penser et de se soigner autrement, n’étaient pas bafouées quotidiennement.
Ghislaine
* ADFI : Union Nationale des Association de Défense des Familles et de l'lndividu victimes de sectes
http://www.sectes-infos.net/ADFI.htm
20:48 Publié dans POLITIQUE | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
11.10.2008
LES BENEFICES SECONDAIRES D'UNE CRISE
Qu’on en juge, l’homme qui devait aller chercher des points de croissance avec les dents, celui qui considérait à tel point le caractère souverain du libéralisme économique qu’il demandait que l’on “dépénalise” le milieu des affaires (en gros, plus d’abus de biens sociaux, plus de poursuites judiciaires pour les fraudes les plus courantes de la vie des affaires), qui prétendait que c’est en soulageant la trésorerie des entreprises que l’on créerait de l’emploi, qui officialisait le travail au noir, c’est celui-là qui prend des airs outrés pour prononcer la condamnation d’un capitalisme sans vergogne et pour nous annoncer des “punitions”.
Par un tour de prestidigitation étonnant, toutes les difficultés à tenir des promesses de campagne irréalistes trouvent brusquement leur explication dans la crise... On dirait du Molière : “le poumon, vous dis-je !”. Ici, c’est la crise, vous dis-je ! Les caisses sont vides, c’est la crise, et ainsi de suite.
Bravo, l’artiste, mais où allons-nous ? Telle est la question, car à travers les sondages d’opinion de ces jours derniers, il est plutôt difficile de dire que la confiance règne. Voilà un chef d’Etat qui fait la démonstration d’un activisme débordant et dont les résultats sont sans cesse contredits par les faits. Or plutôt que de chercher à convaincre ses concitoyens de la gravité d’une situation qu’il n’a en rien provoquée mais qu’il va falloir gérer, nous avons droit à un monologue qui tient lieu de recette magique. Vous allez voir ce que vous allez voir !
Soyons sérieux, rien de ce qui arrive actuellement n’avait été anticipé par nos dirigeants politiques et nos experts économiques. Bien pire, c’est le fondement même d’un certain néo-libéralisme économique qui fait naufrage alors que l’on nous bassinait avec les exigences politiques et sociétales de ce système de profit sans fin. Il est un peu facile de faire des grandes déclarations pour dire qu’il faut sanctionner les fautifs alors qu’on a laissé le champ libre à toutes ces divagations : toujours moins d’Etat, toujours moins de secteur public, toujours moins de financements pour les grands secteurs sociaux (habitat, écoles, santé, réseaux sociaux...), toujours plus de profits, toujours moins de solidarité... pour en arriver à une politique de nationalisation précipitée du secteur bancaire, comme en Angleterre, en France, en Allemagne aujourd’hui.
Certains commentateurs de la crise économique internationale émettent l’opinion que toutes ces démarches destinées à sauver le secteur bancaire de la déroute, n’ont comme seul objectif de nous faire accepter de payer la note comme vont le faire les Américains avec leur plan de secours. Seul bémol, chez eux l’opinion est extrêmement montée contre tous ces profiteurs qui jouaient si bien avec l’argent des autres, et il est à prévoir que les responsables ne s’en tireront pas à si bon compte.
Reste pour nous une interrogation : notre chef d’Etat, emberlificoté dans tout un réseau de promesses intenables, d’amitiés sonnantes et trébuchantes, de conceptions désuètes de l’organisation économique d’un pays peut-il vraiment faire peau neuve, reconnaître ses erreurs “fondatrices”, abandonner ses représentations clinquantes et s’attaquer sérieusement à la réorganisation d’un monde qui lui paraissait si séduisant ?
Permettez qu’on en doute jusqu’à preuve du contraire, car les décisions à prendre touchent à toutes les “règles” du libéralisme économique en vigueur : le profit à tout prix, la précarisation systématique du salarié, les délocalisations, l’indigence de l’innovation technologique, le recours à une main-d’œuvre immigrée pour réduire les revendications sociales, la disparition des éléments structurants de la vie collective, et j’en passe.
Or la crise actuelle, en faisant apparaître tous les vices cachés de la société libérale, impose en fait autre chose qu’une simple et provisoire nationalisation masquée du système bancaire, mais bien plutôt l’élaboration d’un nouveau modèle de société où le rôle de l’Etat, loin d’être réduit à de la simple figuration devra être de réguler le dispositif socio-économique en rétablissant des règles morales de fonctionnement finalisées non par le profit, mais par l’intérêt de tous, et prioritairement de celles et de ceux qui en ont le plus besoin...
Billet express de Pierre CORNILLOT - 11-10-2008 -- http://votre-sante.com/
15:11 Publié dans POLITIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
16.04.2008
LA CHUTE DU POUVOIR D'ACHAT ...
La sagesse est dans le caddie
On parle beaucoup ces temps-ci de la chute du pouvoir d’achat en France. Loin de moi d’en disconvenir, et je souhaite vivement une solution politique musclée à ce problème face aux dérives de la grande distribution, d’autant que ce sont toujours les plus pauvres qui sont les plus atteints.
Mais ce qui m’étonne, c’est ce que je vois mettre malgré tout dans les caddies, je veux dire une majorité de produits industriels tout prêts, nuisibles à la santé pour la plupart, que nos grands-parents ignoraient et qu’ils auraient considérés comme des produits de grand luxe.
Mais qui a envie de remettre en question petits gâteaux, pâtisseries, yaourts et laitages aux multiples saveurs, chocolats, viandes, charcuteries, pizzas, apéritifs, colas et grenadines, bref toutes choses censées tenir le moral mais qui vous transforment en drogués de la bouffe et vous abonnent rapidement à la Sécurité sociale.
Rien de tout cela n’est nécessaire à la vie et à la bonne santé mais il est plus difficile de changer d’habitude alimentaire que de religion.
La dépendance est le contraire de l’adaptation et la survie des espèces a toujours été liée à leur faculté d’adaptation. Je vais être direct : dans la configuration mondiale actuelle, ceux qui ne s’adapteront pas à un retour aux normes alimentaires de sagesse ancestrale s’élimineront d’eux-mêmes à court terme.
Au Brésil, les patrons sont tenus légalement de fournir aux ouvriers pour leur famille, en même temps que leur paye, un sac de riz et un sac de haricots rouges, car dans tous les pays du monde, la base de l’alimentation humaine a toujours été le binôme céréales et légumineuses. Pour le reste, chacun se débrouille avec les fruits qui ne manquent pas là-bas et ces gens pauvres se portent bien mieux que la plupart des Français.
Rappelez-vous que les légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots en grain, petits pois, mais non le soja qui est toxique) sont la viande du pauvre et du sage ! Les disettes sont des épreuves qui, selon leur choix, améliorent la santé des uns… et mènent les autres au cimetière.
Michel Dogna - Pratiques de Santé No 77 – mardi 18 mars 2008
19:10 Publié dans POLITIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15.11.2007
GUY MOQUET : LE MYTHE ET L'HISTOIRE
Le Monde - Le 23.06.07
De Jeanne d’Arc à Bara, les usages politiques de figures héroïsées sont classiques. Tous les régimes, tous les partis, tous les pays usent d’un procédé qui n’est pas avare d’arrangements avec la réalité historique. Pour exalter des vertus nationales, morales, patriotiques ou donner en modèle l’exemplarité de leurs destins, on accapare des figures symboliques qu’on n’hésite pas à parer de valeurs contradictoires.
Le destin du jeune Guy Môquet, fusillé par les Allemands à l’âge de 17 ans, le 22 octobre 1941, n’échappe pas à cette règle. “Je laisserai mon souvenir dans l’histoire car je suis le plus jeune des condamnés”, aurait confié Guy Môquet à l’abbé Moyon, qui assista les otages de Châteaubriant. De fait, dès l’Occupation, il a été célébré comme un martyr et nombre de groupes de partisans se sont réclamés de lui.
Dans l’immédiat après-guerre, avec les “27 de Châteaubriant”, il a incarné les valeurs résistantes et le sacrifice du “Parti des fusillés”. Et puis le temps a passé, la Résistance a perdu la place prééminente qui était la sienne dans la mémoire nationale. Le nom de Guy Môquet, comme ceux de Jacques Bonsergent ou d’Estienne d’Orves, a perdu son sens pour la plupart des gens.
De façon inattendue, la dernière campagne électorale a ramené Guy Môquet sur le devant de la scène médiatique par les citations d’un candidat qui, élu président, a tenu à faire lire le jour de sa prise de fonction la dernière lettre du jeune homme près d’un autre lieu symbolique : la cascade du bois de Boulogne où une cinquantaine de jeunes gens désireux de participer aux combats de la capitale furent fusillés en août 1944.
L’initiative a suscité des réactions variées - indignation, satisfaction ou curiosité -, sans que la réalité historique soit pour autant interrogée. Au contraire, on a vu ressurgir à cette occasion les stéréotypes et clichés d’une “histoire” de la Résistance et du PCF qu’on croyait définitivement rangée au magasin des mythes et légendes.
Faire de Guy Môquet et de ses vingt-six camarades des “résistants de la première heure” relève de la téléologie, puisque la plupart d’entre eux ont été arrêtés en un temps où le PCF, pris dans la logique du pacte germano-soviétique, était tout sauf résistant. Après avoir mis au rayon des accessoires son antifascisme, condamné une guerre devenue “impérialiste” et appelé plus ou moins ouvertement au sabotage de l’effort de guerre au printemps 1940, le Parti a profité de l’effondrement militaire de la France et de la chute de la République bourgeoise pour prendre à l’été 1940 une série d’initiatives qu’aucun martyre ultérieur ne saurait effacer : tractations avec les autorités d’occupation pour la reparution de la presse communiste dont les arguments désormais connus donnent une idée du “patriotisme” du Parti.
Guy Môquet, arrêté le dimanche 13 octobre 1940 à la gare de l’Est par trois policiers de la préfecture de police, agissant “sur indication”, revendique dans sa déposition avoir voulu remplacer son père, le député communiste Prosper Môquet, militant depuis 1925, élu lors des élections de 1936, invalidé et condamné par la IIIe République pour son refus de désavouer le pacte germano-soviétique.
Jeune lycéen exalté, il a dès son plus jeune âge baigné dans une culture politique bolchevique, porteur de la tradition familiale stalinienne, par ses parents, par ses oncles et tantes qui travaillent pour l’appareil clandestin du Parti. Les tracts qu’il distribue en cet été-automne 1940 s’inscrivent totalement dans la ligne du Parti et n’appellent donc pas à la résistance.
Prisonnier de la logique d’un parti enfermé dans les compromissions de l’alliance Staline-Hitler, Guy Môquet n’a pas pu être le “résistant” qu’on célèbre à tort. Ses camarades des Jeunesses communistes ont en revanche constitué, à l’été 1941, après l’offensive de la Wehrmacht contre l’Union soviétique, le fer de lance de la lutte armée initiée dans la plus totale improvisation par le Parti.
Les premières agressions contre des soldats allemands par les jeunes militants des Bataillons de la jeunesse vont provoquer des représailles sanglantes codifiées en septembre 1941 par le décret Keitel. C’est l’attentat du 20 octobre 1941 contre le Feldkommandant de Nantes, abattu par un commando de trois jeunes communistes venus de Paris, qui est la cause directe de la fusillade des 27 de Châteaubriant et de 21 autres otages originaires de la région, à Nantes et au Mont-Valérien, le 22 octobre.
En dépit de la tentative du ministre de l’intérieur Pucheu pour orienter le choix des Allemands vers des communistes, c’est bien l’occupant qui désigna en dernier ressort les fusillés - Hitler dans un premier temps exigeait 150 exécutions - parmi les emprisonnés et internés à disposition dans les camps et prisons. Pour ce choix, il appliqua le décret Keitel en respectant une vague proportionnalité dans l’ordre des responsabilités : des jeunes, des communistes, des gens originaires de Nantes.
Accaparer cette tragédie à son seul profit et pour sa seule gloire, comme l’a fait le PCF depuis 1942, relève de la récupération politique. Les otages fusillés n’étaient pas tous communistes, Guy Môquet n’était pas le seul jeune… On chercherait en vain dans les discours prononcés à Châteaubriant, sur les plaques et dans les écrits dressés à la gloire de la résistance communiste, les noms de Christian Rizzo, Marcel Bourdarias, Fernand Zalkinov et leurs camarades, arrêtés, jugés, condamnés et exécutés au printemps 1942 pour avoir fait ce que Guy Môquet, en communiste discipliné, n’avait pas fait.
Ces jeunes militants commirent les premiers attentats sur ordre d’un parti qui mit des années à en assumer la paternité après avoir calomnié leurs auteurs (”ceux qui ont tué le Feldkommandant Hotz sont ceux qui ont incendié le Reichstag”), avant de les effacer purement et simplement de la mémoire. Si la dernière lettre de Guy Môquet est émouvante, les leurs ne le sont pas moins, mais personne ne rappelle leur mémoire…
Jacques Duclos, qui transmit à Aragon les lettres des 27 avec cette injonction : “Fais de cela un monument”, fut à l’origine d’un petit arrangement avec l’histoire qui consista à mettre en pleine lumière des militants arrêtés avant la rupture du pacte germano-soviétique et à rejeter dans l’ombre mémorielle ceux dont l’attitude soulignait trop crûment les aspects les moins avouables d’un passé que le PCF devenu patriote, républicain et résistant voulait faire oublier.
Avec le sang des otages, le Parti communiste lavait une des périodes les plus troubles et ambiguës de son histoire en même temps qu’il dressait un obstacle moral à toute critique de son attitude. Si les mythes sont aussi importants que la réalité, l’histoire existe pour rappeler cette réalité, aussi tragique ou décevante soit-elle…
Jean-Marc Berlière est professeur d’histoire contemporaine à l’université de Bourgogne, chercheur au Cesdip (CNRS/ministère de la justice).
Sylvain Boulouque est doctorant en histoire à l’université de Reims.
16:45 Publié dans POLITIQUE | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note



