11.10.2008
LES BENEFICES SECONDAIRES D'UNE CRISE
Qu’on en juge, l’homme qui devait aller chercher des points de croissance avec les dents, celui qui considérait à tel point le caractère souverain du libéralisme économique qu’il demandait que l’on “dépénalise” le milieu des affaires (en gros, plus d’abus de biens sociaux, plus de poursuites judiciaires pour les fraudes les plus courantes de la vie des affaires), qui prétendait que c’est en soulageant la trésorerie des entreprises que l’on créerait de l’emploi, qui officialisait le travail au noir, c’est celui-là qui prend des airs outrés pour prononcer la condamnation d’un capitalisme sans vergogne et pour nous annoncer des “punitions”.
Par un tour de prestidigitation étonnant, toutes les difficultés à tenir des promesses de campagne irréalistes trouvent brusquement leur explication dans la crise... On dirait du Molière : “le poumon, vous dis-je !”. Ici, c’est la crise, vous dis-je ! Les caisses sont vides, c’est la crise, et ainsi de suite.
Bravo, l’artiste, mais où allons-nous ? Telle est la question, car à travers les sondages d’opinion de ces jours derniers, il est plutôt difficile de dire que la confiance règne. Voilà un chef d’Etat qui fait la démonstration d’un activisme débordant et dont les résultats sont sans cesse contredits par les faits. Or plutôt que de chercher à convaincre ses concitoyens de la gravité d’une situation qu’il n’a en rien provoquée mais qu’il va falloir gérer, nous avons droit à un monologue qui tient lieu de recette magique. Vous allez voir ce que vous allez voir !
Soyons sérieux, rien de ce qui arrive actuellement n’avait été anticipé par nos dirigeants politiques et nos experts économiques. Bien pire, c’est le fondement même d’un certain néo-libéralisme économique qui fait naufrage alors que l’on nous bassinait avec les exigences politiques et sociétales de ce système de profit sans fin. Il est un peu facile de faire des grandes déclarations pour dire qu’il faut sanctionner les fautifs alors qu’on a laissé le champ libre à toutes ces divagations : toujours moins d’Etat, toujours moins de secteur public, toujours moins de financements pour les grands secteurs sociaux (habitat, écoles, santé, réseaux sociaux...), toujours plus de profits, toujours moins de solidarité... pour en arriver à une politique de nationalisation précipitée du secteur bancaire, comme en Angleterre, en France, en Allemagne aujourd’hui.
Certains commentateurs de la crise économique internationale émettent l’opinion que toutes ces démarches destinées à sauver le secteur bancaire de la déroute, n’ont comme seul objectif de nous faire accepter de payer la note comme vont le faire les Américains avec leur plan de secours. Seul bémol, chez eux l’opinion est extrêmement montée contre tous ces profiteurs qui jouaient si bien avec l’argent des autres, et il est à prévoir que les responsables ne s’en tireront pas à si bon compte.
Reste pour nous une interrogation : notre chef d’Etat, emberlificoté dans tout un réseau de promesses intenables, d’amitiés sonnantes et trébuchantes, de conceptions désuètes de l’organisation économique d’un pays peut-il vraiment faire peau neuve, reconnaître ses erreurs “fondatrices”, abandonner ses représentations clinquantes et s’attaquer sérieusement à la réorganisation d’un monde qui lui paraissait si séduisant ?
Permettez qu’on en doute jusqu’à preuve du contraire, car les décisions à prendre touchent à toutes les “règles” du libéralisme économique en vigueur : le profit à tout prix, la précarisation systématique du salarié, les délocalisations, l’indigence de l’innovation technologique, le recours à une main-d’œuvre immigrée pour réduire les revendications sociales, la disparition des éléments structurants de la vie collective, et j’en passe.
Or la crise actuelle, en faisant apparaître tous les vices cachés de la société libérale, impose en fait autre chose qu’une simple et provisoire nationalisation masquée du système bancaire, mais bien plutôt l’élaboration d’un nouveau modèle de société où le rôle de l’Etat, loin d’être réduit à de la simple figuration devra être de réguler le dispositif socio-économique en rétablissant des règles morales de fonctionnement finalisées non par le profit, mais par l’intérêt de tous, et prioritairement de celles et de ceux qui en ont le plus besoin...
Billet express de Pierre CORNILLOT - 11-10-2008 -- http://votre-sante.com/
15:11 Publié dans POLITIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




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