10.10.2008
OPERATION VERITE SUR LE COÛT DES ACTES MEDICAUX
L’intéressant dans le déroulement des vacances, c’est qu’il y a toujours quelque chose à glaner après les moissons d’été. Ainsi nous avions exprimé les plus sombres inquiétudes sur les coups bas en préparation en ce début du mois d’août, selon une méthode chère à tous les gouvernements depuis que je suis sur terre. Eh bien, non ! les choses ne se sont pas passées comme prévu.
Sans doute avisée dans ses décisions, notre ministre de la santé a décidé de faire supporter en apparence par d’autres les vertigineuses acrobaties des comptes de notre assurance maladie plutôt que de faire supporter par les malades la note salée du déficit.
En première ligne, les mutuelles qui se trouvent obligées de « cracher au bassinet » en alignant un certain nombre de millions sortis d’on ne sait où, sans doute de l’effet d’une sage gestion. Bien sûr ce sera finalement l’assuré qui paiera mais l’été sera passé et dans les grandes agitations sociales de l’automne, le cochon de payant n’y verra que du feu. C’est dans ce contexte glauque que la Caisse Nationale d ‘assurance-maladie (la fameuse CNAM) a fait savoir qu’elle affichait sur son site internet (www.ameli.fr) les tarifs des consultations médicales et des actes dentaires, en particulier pour les professionnels relevant du secteur 2, dont les honoraires sont supérieurs aux tarifs définis par la Sécu, mais qui permettent aux patients de percevoir un remboursement plus élevé.
Entreprise au nom de la transparence, cette initiative fait terriblement grincer les dents de beaucoup de praticiens qui avaient pris allègrement l’habitude de dépasser les tarifs prévus par la Sécu pour les actes correspondants en secteur 2. C’est donc dans un souci de clarté que cette entreprise d’information s’est mise en place.
A l’occasion, la CNAM rappelle l’obligation faite aux médecins, d’afficher clairement leurs tarifs dans les salles d’attente afin que le futur patient soit tenu informé de ce qui l’attend.
On le comprend quand on prend connaissance des dérives du secteur 2. Alors que le taux moyen de dépassement des tarifs du secteur 2 est de 48% (ce qui veut dire que la différence est à la charge du patient ou en partie de sa mutuelle), des spécialistes tels que les ophtalmologistes, les chirurgiens, les dermatologues, les gynécologues et les neurochirurgiens s’offrent des dépassements de 53 à 72 %, selon le rapport 2007 de l’IGAS (cf. Les Echos du 1/2 août dernier).
Les médecins et les dentistes, piqués au vif, se débattent comme des beaux diables en condamnant « un simulacre d’information ». Il ne fait pas de doute que nous rentrons dans une ère où le médecin sera beaucoup plus contraint de faire connaître à son patient l’importance des engagements financiers qu’il va devoir accepter.
Pour l’instant, ces informations « écrites » dues au malade concernent des soins supérieurs à 80 euros sans toutefois que les actes lourds soient encore vraiment concernés, mais la CNAM fait déjà savoir qu’en fin d’année, son site internet donnera des précisions permettant aux patients de comparer les coûts de certains actes lourds (type prothèse totale de hanche ou cataracte…).
Afin que nul ne se méprenne sur la volonté publique de favoriser la transparence des tarifs, le gouvernement aurait l’intention de demander à la Direction générale chargée de la répression des fraudes (la DGCCRF) de contrôler l’affichage des tarifs par les médecins dans leurs salles d’attente.
De leur côté, les organisations médicales prétendent vouloir rappeler à leurs adhérents, l’obligation de tarifer leurs actes « avec tact et mesure ».
C’est fou ce que le monde est beau quand il ne s’attache qu’aux intentions.
Mais le mois d’août passera comme tant d’autres, et les bonnes intentions risquent de s’envoler comme des feuilles mortes aux premiers vents d’automne.
Et n’allez pas surtout croire que le corps médical a suffisamment de relais à l’Assemblée nationale et au Sénat pour bloquer cette énième réforme qui devrait mettre en lumière des abus parfois indécents.
Au fait, saviez-vous qu’à Budapest, on peut se faire soigner les dents avec les techniques les plus modernes à des prix très inférieurs aux tarifs pratiqués par nos chers (très chers) chirurgiens-dentistes. Tout finit par se savoir, et Budapest est une bien belle ville...
Pierre CORNILLOT
Le billet express
Pierre Cornillot est médecin, professeur de médecine et biologiste hospitalier. Il a fondé la faculté de santé, médecine et biologie humaine de Bobigny, dont il a été le doyen de 1968 à 1987. Il a présidé l’université Paris-Nord (1987-1992), puis a créé et dirigé l’IUP Ville et Santé sur le campus de Bobigny (1993-2001). Il est président de l’association Santé internationale. Après s’être investi parallèlement dans des actions d’aide au développement des pays du Sud, il se préoccupe aujourd’hui de la rédaction d’ouvrages sur la santé et la formation médicale, le système de santé et la recherche.
14:22 Publié dans LOBBY PHARMACEUTIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




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